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Une villa cachée dans le « Rocher »

24 février 2021

L’architecte Jean-Pierre Lott explore les capacités structurelles, plastiques et thermiques du béton pour sculpter dans la roche une luxueuse villa.

Œuvre commune d’un architecte qui aime les « choses complexes et claires » et d’une entreprise désireuse d’exposer sa maîtrise des ouvrages d’exception, la villa troglodyte relève d’une réflexion spatiale, structurelle et paysagère et d’une gestion économique de l’énergie auxquelles les performances thermiques du béton contribuent. Par sa valeur de laboratoire sur un site très complexe et face aux impératifs du réchauffement climatique, elle ouvre des pistes pour l’habitat de demain en répondant aux enjeux environnementaux actuels et en exploitant les énergies naturelles, la géothermie, l’énergie solaire et la récupération d’eau de pluie.

Conquête et respect d’un éperon rocheux

Avant cette étonnante villa, le groupe immobilier JB Pastor & Fils, bien connu dans la principauté, avait déjà construit avec Jean-Pierre Lott l’immeuble Stella et ils développent ensemble des logements de standing. À l’angle de l’avenue Hector Otto et de la rue Honoré Labaude, près du jardin exotique, la villa s’est approprié l’emplacement d’un éperon rocheux pris dans la densité et les escarpements du tissu urbain. Comme il semblait impossible d’y construire une maison, la volonté du maître d’ouvrage était de conserver le rocher et de faire en sorte que la maison disparaisse.
Ce rocher devint donc le cadre d’un projet de haute voltige. Pour y installer une construction sans l’altérer, des contraintes techniques et architecturales ont été fixées. Outre le respect primordial du paysage et de l’écosystème, il fallait doter l’habitat d’un confort exceptionnel en expérimentant des solutions innovantes et en minimisant les besoins énergétiques.


Pour ancrer la villa en respectant les volumes, les failles et la végétation de l’éperon rocheux, l’architecture est sculptée dans la masse. Obtenu par évidement, l’espace conserve le caractère et la force de la roche qui nourrissent le confort intérieur.
Dans une réconciliation de l’habitat troglodyte et de la lumière naturelle, l’architecte a su cadrer les vues sur des
perspectives choisies et aller chercher la lumière naturelle qui revêt partout une importance particulière par son apport
significatif aux économies d’énergie et au confort. Toutes les pièces de vie ont des percements qui traversent le rocher et font corps avec lui. Tels des tableaux, ils accentuent le caractère minéral de la composition.
Au rez-de-chaussée haut, on accède à la maison de plain-pied par une faille dans le rocher. La référence à l’univers des
grottes est d’autant plus évidente qu’une autre grande faille se développe sur toute la hauteur des 5 niveaux. Reliant les pièces entre elles, elle filtre la lumière.

Structure en béton et enrochement artificiel

« Réaliser un projet aussi atypique est passionnant mais très complexe car la nature reprend très vite ses droits en imposant des contraintes spécifiques quant à l’étanchéité du béton », explique Jean-Pierre Lott qui se félicite de sa collaboration avec la paysagiste Jacqueline Osty.
« Elle nous a ouvert les portes car elle terminait la restauration du rocher du zoo de Vincennes avec l’équipe d’Atelier
Artistique du Béton (AAB) spécialisée dans les décors en béton. Ces derniers ont commencé par faire une maquette en
carton mousse de type Kadapak® où nous avons positionné les planchers avant qu’ils ne modèlent le plâtre du rocher avec ses formes, ses fissures et des poches pour la végétation. Cette maquette a également permis de positionner les percements et les terrasses en tenant compte des caractéristiques du rocher. Nous l’avons ensuite scannée afin de modéliser la forme à reproduire et de l’intégrer à nos plans d’architecte tout en faisant le réglage des isolants par l’extérieur. »


Pour passer à la construction réelle, AAB a fabriqué des cages métalliques recouvertes d’une toile sur laquelle un voile
mince de 5 cm en béton bas carbone a été projeté pour aboutir aux formes désirées. Depuis son échafaudage à 1 m des parois, un sculpteur a retravaillé le béton frais pour lui donner son réalisme en harmonie et parfaite continuité avec la partie authentique conservée. Enfin, un peintre a parachevé l’ouvrage dans sa couleur exacte et sa patine qui vieillira avec le rocher.


Mimétique, avec ses cavités, ses failles et sa puissance, la façade rocheuse reconstituée s’inscrit en continuité de la partie inférieure du rocher naturel conservé au rez-de-chaussée (niveau rue). Aux niveaux supérieurs, le rocher est recomposé avec une texture identique à l’existant dont la stratification en plis obliques est prolongée pour intégrer les terrasses et leurs garde-corps traités en enrochements. La faille verticale principale en appui sur une rupture de géométrie du bâtiment sert de colonne vertébrale à l’ensemble. En scindant le volume en deux, elle évite l’effet de massivité et facilite l’intégration discrète des fenêtres et des baies vitrées.

Article paru dans « Infociments » écrit par Christine DesmoulinVisualiser l’article